top of page

Le retour des camps de concentration

Photo du rédacteur: Jean-Marc AdolpheJean-Marc Adolphe

Dernière mise à jour : 19 mars

Des personnes expulsées des États-Unis, présumées être des membres d'un gang vénézuélien, au Centre d'Internement du Terrorisme

à Tecoluca, au Salvador, le dimanche 16 mars 2025. Photo : Bureau de presse de la présidence du Salvador via AP


Sans le moindre procès, et au mépris de la justice fédérale américaine, 300 migrants supposés membres d'un gang vénézuélien ont été déportés indéfiniment vers une méga-prison de sinistre réputation au Salvador : un camp de concentration des temps modernes. En s'affranchissant ainsi de l'État de droit, Donald Trump confirme le coup d'État qu'il est en train d'accomplir. Aux États-Unis, mais pas seulement. Dans les coulisses de la "négociation" avec Poutine sur l'Ukraine, un influent idéologue du trumpisme révèle qu'il s'agirait de « donner carte blanche à la Russie non seulement dans les territoires russophones, mais carrément jusqu’à la Manche » et de « retirer totalement l’influence américaine du continent européen ».


Ils n’ont pas de visage, n'ont pas de nom.

Crâne rasé, mains et chevilles enchaînées.

Ce sont des « sous-hommes », selon le terme utilisé pour la première fois en 1922 par l'auteur américain et membre du Ku Klux Klan Lothrop Stoddard (1), ensuite adopté par les nazis (2).

 

Par oukase présidentielle annoncée samedi dernier, sans la moindre décision de justice, Donald Trump a fait expulser, à bord de deux avions, environ 300 migrants présentés comme membres d’un gang vénézuélien, "El Tren de Aragua" (3). Sans le moindre début de preuve. « Il s’agit de mauvaises personnes », s’est contenté d’affirmer Trump. Pour donner un semblant de légitimité à cette déportation de masse, il a invoqué une loi de 1798 relative aux ennemis étrangers, "l'Alien Enemies Act", qui n'a été utilisée que trois fois dans l'histoire des États-Unis (pendant la guerre de 1812 et lors deux guerres mondiales). Cette loi oblige le président à déclarer que les États-Unis sont en guerre, ce qui lui donne des pouvoirs extraordinaires pour détenir ou expulser des étrangers qui, autrement, seraient protégés par les lois sur l'immigration ou la criminalité. Interrogé sur la possibilité d'invoquer les pouvoirs présidentiels utilisés en temps de guerre, Trump a déclaré : « Nous sommes en temps de guerre », qualifiant l'afflux de migrants criminels d'« invasion ».


Cette première expulsion "en temps de guerre" sera sans doute suivie de beaucoup d’autres… Le Congrès américain a alloué à l'U.S. Immigration and Customs Enforcement 41.500 lits de détention dans des centres de rétention. Où ça ? Le suprématiste blanc Stephen Miller, chef adjoint de cabinet de la Maison-Blanche (4), a évoqué l'idée de « terrains de rassemblement à grande échelle près de la frontière, très probablement au Texas ».


Ces premiers expulsés prétendument vénézuéliens ont été conduits et incarcérés, là encore sans le moindre procès, au Salvador, contre une rente de 6 millions de dollars au gouvernement liberticide de Nayib Ortez (5). Destination : le sinistre Centre d’Internement du Terrorisme (CECOT) à Tecoluca. Pouvant accueillir 40 000 détenus, le CECOT est composé de huit pavillons tentaculaires. Ses cellules contiennent 65 à 70 prisonniers chacune. Ils ne reçoivent pas de visites. Il n'y a pas de programmes de préparation à la réinsertion sociale après leur peine, pas d'ateliers ni de programmes éducatifs. Ils ne sont jamais autorisés à sortir.

Un camp de concentration, ni plus, ni moins, désormais financé par les Etats-Unis pour se débarrasser des indésirables, ces "sous-hommes" qui sont de "mauvaises personnes". Jusqu'où ira la liste des"indésirables" ?

 

Le Centre d’Internement du Terrorisme (CECOT) à Tecoluca, au Salvador. Photos Salvador Melendez / AP


Dans un discours tenu vendredi dernier, après avoir égrené des fulminations contre ses adversaires politiques et de longues digressions sur feu l'entraîneur de basket Bob Knight, Donald Trump a déclaré : « Nous rétablissons une justice juste, égale et impartiale dans le cadre de l'État de droit constitutionnel ».


La "loi sur les ennemis étrangers" que Trump a invoquée pour déporter les supposés "terroristes vénézuéliens" confère au président le pouvoir de détenir et d'expulser rapidement « tous les natifs, citoyens, habitants ou sujets » d'une « nation ou d'un gouvernement hostile » en cas de guerre déclarée contre les États-Unis ou « d'invasion ou d'incursion prédatrice ». Or, les États-Unis ne sont pas en guerre contre le Venezuela ; et le clan Tren de Aragua, contre lequel le décret présidentiel est dirigé, n'est pas une « nation ou un gouvernement » ; et il ne s'agit en aucun cas d'une invasion ou d'une incursion. Trump tente de contourner ces nombreux problèmes en proclamant que Tren de Aragua est « étroitement aligné » sur le président vénézuélien Nicolás Maduro, au point que le gang et le gouvernement vénézuélien constitueraient un « État criminel hybride ».


Plus grave encore : un juge du tribunal fédéral du district de Columbia, le juge James Boasberg a émis en urgence, samedi à 17 h, un ordre de restriction temporaire interdisant au gouvernement fédéral d'expulser les immigrants vénézuéliens vers le Salvador. Trump a ignoré cette décision de justice en affirmant que les avions étaient déjà partis (ce qui semble faux, au moins pour l’un d’eux. « Oops, too late », a ironisé le président salvadorien avec un tweet repris de façon rigolarde par Elon Musk. Et sur Fox News, Tom Homan, le « tsar des frontières » nommé par Trump, a lancé, sans chercher à finauder  : « Nous ne nous arrêterons pas. Je me fiche de ce que pense la gauche. Je me fiche de ce que pensent les juges. »


Dans la continuité de ce que nous écrivions sur l’imminence d’un coup d’État (ICI et ICI), cela sonne comme une déclaration de guerre… à l’État de droit. Il s’agit ben et bien d’un « changement de régime », comme le pointe l’historien Timothy Snyder, spécialiste de la Shoah, dans son dernier article, formidable, publié hier sur son blog (ICI, en anglais). « L’expulsion [des Vénézuéliens] a été effectuée en violation d'une décision de justice, conformément à un plan visant à défaire l'État de droit », écrit-il : « Cela signifie que l'action n'était pas seulement spécifiquement illégale, mais qu'elle a été conçue comme un défi à l'État de droit en tant que tel. »


Timothy Snyder connait suffisamment bien l’histoire des régimes totalitaires, du nazisme en particulier, pour ajouter : « Il n'y a pas de base pour cette déportation au-delà des actes de langage et des actes de clavier. Ce sont les mots ("terroristes étrangers", "monstres") qui font le travail. Il n'y a aucune procédure entre le mouvement des bouches et le mouvement des corps. Si les membres du pouvoir exécutif sont autorisés à émettre des affirmations de vérité qui ont pour conséquence que des êtres humains quittent les États-Unis, nous sommes dans une dictature. Si nous acceptons que le pouvoir exécutif puisse simplement expulser toute personne qu'il qualifie de "terroriste étranger", alors aucun d'entre nous n'a de droits. »

 

« Le langage utilisé a une résonance spécifique qui, historiquement, a été utilisée pour changer de type de régime », poursuit Timothy Snyder : « au-delà même des questions de bien et de mal, de réalité et d'irréalité, il y a la question du langage et du comportement. Nous devons réfléchir à la manière dont les mots sont choisis et à ce qu'ils sont censés faire pour nous. "Étranger" signifie qu'ils ne sont pas nous. "Alien" signifie que nous devons les haïr. "Terroriste" signifie que nous devons les haïr suffisamment pour autoriser un état d'exception, une suspension des pratiques normales, un changement de régime. Il y a une longue histoire de cela, partout dans le monde, y compris avec Hitler en 1933 et Staline en 1934. »

 

« Nous sommes entrés dans une crise constitutionnelle », écrivaient déjà le 26 février dernier dans une tribune (ICI) des professeurs et des enseignants en droit : « Le Gouvernement et les lois des Etats-Unis ne sont pas à la merci du bon plaisir présidentiel. Bien au contraire, le Président est tenu de "faire en sorte que les lois soient fidèlement exécutées". Et il est tenu par serment "d’exécuter fidèlement" son office de Président et de "préserver, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis". (…) Pour reprendre les mots du Président John F. Kennedy : "les Américains sont libres (…) de ne pas être d’accord avec le droit, mais non de lui désobéir. Car dans un Gouvernement des lois et non pas des hommes, aucun homme, aussi haut placé ou puissant soit-il (…) n’est fondé à défier une cour de justice". (…) Notre démocratie peut survivre, mais pas sans le droit. »

 

Aux États-Unis, la délation commence déjà à atteindre ceux qui cherchent à défendre l’État de droit, au premier rang desquels les juges, visés par une honteuse campagne menée conjointement par Fox News et Elon Musk, qui rend publiques des données confidentielles (informations sur les leurs familles et amis, dossiers d’impôts), que les jeunes miliciens du DOGE ont subtilisé en toute illégalité dans les ordinateurs de l’administration fédérale. Les simples "opposants" politiques suivront, les déviants, les récalcitrants… (En France, Darmanin s’y était bien essayé, en qualifiant les militants des Soulèvements de la Terre "d’éco-terroristes", avant d’être retoqué par le Conseil d’État). Après le licenciement massif d’employés fédéraux, après le discrédit porté sur les scientifiques et chercheurs, à qui le tour ? Les pauvres, bien sûr… Elon Musk a déjà commencé à dézinguer la sécurité sociale et les programmes de prestations fédérales (avec des fake news sur de prétendues fraudes), suggérant que ces programmes sociaux seraient une cible principale dans sa croisade pour réduire les dépenses publiques.


A Washington, le5 février 2025, des manifestants rassemblés contre les coupes budgétaires

du programme USAid. Photo J. Scott Applewhite / AP


Jusqu’à ce son porte-monnaie soit affecté, l’Américain moyen peut penser que cela ne le concerne pas. Et ce même Américain moyen doit sans doute se sentir fort éloigné du Lesotho, ce (petit) pays africain auquel Donald Trump a donné son quart d’heure (non warholien) de célébrité en le prenant à partie pour les millions de dollars qui y seraient déversés en faveur d’actions LGBT (en réalité, un programme de lutte contre le sida, qui a sauvé 26 millions de vies, surtout en Afrique). Certes, les coupes budgétaires opérées par l'administration Trump et le DOGE entraînent de graves menaces pour la santé mondiale, mais aussi aux États-Unis, comme nous l’écrivions voici peu en traduisant un article de The Atlantic (ICI) mais il est peu probable que Fox News et le compte X d’Elon Musk relaient de telles informations dans les chaumières états-uniennes.

 

Dans un article publié hier par Le Monde sur l’annulation de 5.200 contrats du programme Usaid, Jean-Michel Bezat s’en prend à « la vision de boutiquier de Donald Trump ». Car « l’administration Trump », écrit le journaliste, « oublie que le développement de pays comme ceux de l’Afrique profite aussi aux industries occidentales. (…) Cette aide internationale n’a jamais été de la pure philanthropie. Un consensus bipartisan, aujourd’hui disparu, la considérait comme un des moyens d’endiguer l’influence soviétique, à l’image du plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe dans les années 1950. Après la guerre froide, les présidents du Grand Old Party, de Ronald Reagan à George W. Bush, l’ont inscrite dans le cadre des missions assignées aux Etats-Unis : défendre l’économie libérale et les valeurs démocratiques (malgré de graves entorses en Amérique latine) ».

 

Soit. Mais peut-être faut sérieusement commencer à considérer que "l’économie libérale" et "les valeurs démocratiques" ne sont, pour Trump et la clique MAGA, des objectifs à défendre. Et le sabordage des programmes de l’Usaid serait d’autant moins "l’erreur de calcul" d’un simple « boutiquier », y compris sur le plan sanitaire. Dans l’esprit de Trump, et d’un certain nombre de ceux qui le soutiennent, il n’y a aucune raison de s’embarrasser davantage de tous ces « pays de merde » ni de venir en aide à des populations vulnérables condamnées à végéter et à mourir. Une nouvelle forme d’eugénisme à grande échelle ? Oui. Ça fait partie du programme. Suspense : on le verra dans une prochaine publication des humanités.

Curtis Yarvin en juillet 2023, dans une vidéo publiée sur YouTube (1,7 million de vues)

où il explique qu'il faut se débarrasser de la démocratie.


Et l’Ukraine dans tout ça ? Ce mardi 18 mars, Donald Trump et Vladimir Poutine sont s’entretenir au téléphone. De quoi vont-ils causer ? Peut-être de la construction d’un gigantesque complexe hôtelier de luxe en Crimée ? On n’invente rien. En effet : « pourquoi la Crimée, l’un des joyaux mondiaux du secteur de l’immobilier, n’est-elle pas parsemée de "charter cities" pleines de travailleurs nomades globaux ? La Crimée pourrait être la Californie mais avec une vraie police. Au lieu de ça, c’est un marécage à moitié ruiné, dirigé par un petit voyou local. »

 

L’auteur de ces propos est un zozo, mais un zozo dangereux, qui ne comprend pas qu’on puisse dire du mal des nazis en Allemagne, vu qu’ils ont "fait du bon boulot" (« la terreur nazie était légitime parce qu'elle fonctionnait »). Un zozo qui fait l’intellectuel, et qui depuis sa chaire programmatique, murmure notamment à l’oreille du vice-président américain J. D. Vance. Les humanités en ont déjà parlé (dans "la facho-tech au cœur de Trumpland", ICI) : Curtis Yarvin, alias Mencius Moldbug. Avec Nick Land, "penseur" de l'eugénisme et de "l’hyper-racisme", il a fondé un mouvement anti-égalitaire et anti-démocratique connu sous le nom de Dark Enlightenment ou mouvement néo-réactionnaire (NRx).

 

Or, Curtis Yarvin a un plan pour l’Ukraine, que viennent d’exhumer nos confrères de Grand Continent (ICI). Ce texte, qui date de janvier 2022, fait froid dans le dos. Il n’est pas sans évoquer le texte de Timofeï Sergueitsev, l’idéologue du Kremlin que nous avions traduit et publié en avril 2022 sous le titre "Le Mein Kampf de Poutine" (ICI).

 

Curtis Yarvin reprend intégralement le révisionnisme poutinien sur l’Ukraine : « L’Ukraine était le noyau de l’État russe originel et elle a été une province de la Russie. L’Ukraine est à peine moins russe que le Texas n’est américain, et bien plus russe que l’Alsace n’est française. Comme le "Sud-Soudan", la "nation" moderne de l’"Ukraine" est une blague inventée par le département d’État — une coïncidence historique conçue dans la collusion entre Staline et Alger Hiss pour donner au premier un vote à l’ONU, dans la très importante Assemblée générale, pour chacune de ses provinces — puis née au cours d’une des cuites à la vodka de Boris Eltsine. Et Guillaume II est aussi dans le coup, d’une certaine manière. Ce fut une excellente façon de démanteler l’Union soviétique ». Et « la langue ukrainienne est un patois paysan », etc., etc.


Trump a déjà commencé de nombreux gages à Poutine, notamment sur les crimes de guerre :  après avoir suspendu le financement des chercheurs du Humanitarian Research Lab de l’université de Yale, dont les rapports ont nourri le travail de la Cour Pénale Internationale sur les déportations d’enfants, le gouvernement états-unien a décidé de « réduire le travail » de la War Crimes Accountability Team (connue sous l’abréviation WarCAT), l’équipe qui au sein du ministère de la justice des États-Unis planche elle aussi sur les crimes de guerre commis en Ukraine ; et enfin, Washington vient de décider de se retirer du Centre international chargé des poursuites pour le crime d’agression contre l’Ukraine (ICPA), une plateforme de coordination judiciaire créée en juillet 2023 qui réunissait des procureurs issus de plusieurs pays, et qui visait notamment à collecter, à conserver et à analyser des preuves pour identifier les responsables du crime d’agression commis contre l’Ukraine.

 

Sans guère plus de considération pour les Slaves en général (ces « singes des neiges en survêts »), Curtis Yarvin pense qu’il faut laisser toute l’Ukraine à Poutine, et pas seulement l’Ukraine : « Trump devrait donner carte blanche à la Russie non seulement dans les territoires russophones, mais carrément jusqu’à la Manche. L’objectif d’une politique étrangère trumpiste en Europe est de retirer totalement l’influence américaine du continent. Cela garantira la défaite du libéralisme là-bas tandis qu’ici, en Amérique, cela montrera aux libéraux et aux conservateurs que le libéralisme est mortel — avec des effets considérables sur la morale des uns et des autres. Or comme le disait Clausewitz, tous les conflits sont surtout une question de morale. Les idées libérales ne sont pas originaires de cette région. Ce sont des idées anglo-américaines. Elles ont été apportées par une marée d’argent, de mode et de bombes. Et quelle nation a fait le plus et le mieux possible, ces deux derniers siècles, pour vaincre le libéralisme en Europe ? Les Allemands du XXe siècle avaient peut-être essayé — mais les Russes du XIXe siècle ont réussi. (…) Aujourd’hui, c’est le destin de la Russie de rétablir l’ordre en Europe. Mais comme l’Amérique est plus forte que la Russie, Trump doit réellement faire savoir à Poutine qu’il est acceptable de le faire. Et il n’y a qu’une seule façon de faire passer ce message sans équivoque : se retirer de l’Europe. »

 

La Russie sera alors, pour Curtis Yarvin, le fer de dance de l’offensive "néo-ractionnaire" (fasciste, pour tout dire) en Europe : « Ayant carte blanche en Europe, Poutine n’aura même pas besoin de s’en servir. Il n’y aura pas d’armées de tanks traversant la trouée de Fulda, comme dans un wargame des années 1970. Même une coupure de gaz en hiver serait inutilement maladroite. Est-ce que les États-Unis ont envahi les pays du Pacte de Varsovie en 1989 ? Ils n’en ont pas eu besoin — ils étaient déjà de manière évidente le centre de gravité. La Russie doit simplement apporter du renfort et du soutien aux régimes contre-américains qui émergeront naturellement quand l’influence américaine se retirera. (…) Il s’ensuit que, de même que l’ancienne Europe d’après-guerre était un laboratoire de la démocratie, de même la nouvelle Europe post-Trump doit devenir un laboratoire de la réaction. Une fois que Poutine aura carte blanche sur le continent, chaque vieille nation européenne trouvera une patte d’ours secourable pour restaurer sa culture traditionnelle et sa forme de gouvernement — plus elle sera autocratique et légitime, le mieux ce sera. »

 

Inutile de préciser que cela a déjà commencé. Et à l’œuvre de ce « laboratoire de la réaction » et de cette « guerre hybride », on trouve, côté russe, l’eurasiste Alexandre Douguine et le milliardaire fasciste Konstantin Malofeev, qui a épousé voici peu "l’orthodoxe" Maria Lvova-Belova après avoir financé les opérations de déportation d’enfants ukrainiens ; et côté américain, Mario Nawfal, jeune protégé d’Elon Musk, Andrew Napolitano, libertarien old school, proche de Ron Paul et d’Alex Jones, et Lex Fridman, pseudo « journaliste » ibféodé au mouvement MAGA. Tout ce beau monde s’est rencontré début mars à Moscou : le tout a été fort bien documenté par Lise Dupas sur sa page Facebook (ICI).


En France ? Nous avons déjà des petits Curtis Yarvin. L'un d'eux s'appelle Pierre Gentillet. On l'a d'ébord repéré dans le sillage du Dialogue franco-russe de Thierry Mariani, financé par Konstantin Malofeev dont on on vient de parler. Nourri au petit lait du Kremlin, c'est sans surprise que ce Pierre Gentillet remettait en question, en avril 2022, le massacre de Boutcha. Ce néo-fasciste, qui en appelle volontiers à la pensée de Carl Schmitt, l’un des suppôts du national-socialisme nazi, ne cesse d'intervenir dans divers médias d'extrême-droite, avec une même antienne : l'ennemi à abattre, c'est notre "État de droit", fer de lance, selon lui, de "l’idéologie libérale" qu'il s'agit de remplacer par une "vision nationale". Dans l'ombre, Pierre Gentillet est aujourd'hui l'un des "idéologues" les plus influents au sein du Rassemblement national. Nul doute qu'il partage cette maxime de Curtis Yarvin : «  Les chiens doivent être libres de courir et de jouer. (...) Le droit à faire la guerre est l'attribut le plus fondamental de la souveraineneté nationale. Chaque nation est indépendante : elle existe par sa propre puissance. Si cette puissance échoue, elle disparaît. »


Jean-Marc Adolphe


NOTES


(1). Dans le titre de son livre The Revolt Against Civilization: The Menace of the Under-man (en français : La révolte contre la civilisation : la menace du sous-homme). Stoddard désigne ainsi ceux qu'il juge incapables de fonctionner dans la civilisation, qu'il attribue généralement (mais en partie seulement) à des causes raciales.

 

(2). "Untermensch" (pluriel : "Untermenschen"), littéralement « sous-homme », est un terme utilisé par les nazis pour décrire des « êtres inférieurs » non aryens, souvent qualifiés de « hordes de l'Est », c'est-à-dire les Juifs et les Slaves — principalement les Polonais, les Serbes et les Russes. Le terme s'est également appliqué aux Noirs, aux mulâtres et temporairement aux peuples finno-ougriens. Les Juifs devaient être exterminés dans la Shoah, ainsi que les Roms et les handicapés physiques et mentaux. Selon le Generalplan Ost, la population slave ou juive de l'Europe centrale devait être éliminée, soit par des massacres comme la Shoah, soit par des expulsions massives vers l'Asie ou par la réduction au statut d'esclaves, conformément à la politique raciale nazie.


(3). Le Tren de Aragua a vu le jour dans une prison tristement célèbre de l'État central d'Aragua et a accompagné l'exode de millions de Vénézuéliens, dont l'écrasante majorité était à la recherche de meilleures conditions de vie après que l'économie de leur pays se soit effondrée au cours de la dernière décennie. M. Trump s'est emparé de ce gang pendant sa campagne pour brosser un tableau trompeur de communautés qui, selon lui, étaient « prises d'assaut » par ce qui n'était en fait qu'une poignée de contrevenants à la loi.


(4). Les opinions de Stephen Miller en matière d’immigration sont si radicales que son propre oncle a écrit une tribune dans laquelle il faisait remarquer qu’avec les politiques préconisées par son neveu, leur famille n’aurait jamais été autorisée à venir aux États-Unis.


(5). En 2025, son régime d'exception, renouvelé 34 fois depuis 2021, a conduit à l'incarcération de plus de 100.000 personnes, souvent sans jugement, avec de nombreux témoignages de familles sans nouvelles de leurs proches disparus après une arrestation.


 

Parce que vous le valez bien, les humanités ce n'est pas pareil. Nous avons fait le choix d'un site entièrement gratuit, sans publicité, qui ne dépend que de l'engagement de nos lecteurs. Dons (défiscalisables) ou abonnements ICI

Et pour recevoir notre infolettre : https://www.leshumanites-media.com/info-lettre

 


1 Comment


Ce que trump a sans doute oublié, c'est l'importance d'une présence militaire américaine en Europe. Si les Irakiens ont l'idée de lancer un missile à l'encontre des USA, ce dernier ne peut être détectable et, avoir une riposte réelle, qu'avec une surveillance basée en Europe de la "phase chaude" de la fusée, c'est à dire à son décollage!!!!

Like

nos  thématiques  et  mots-clés

Conception du site :

Jean-Charles Herrmann  / Art + Culture + Développement (2021),

Malena Hurtado Desgoutte (2024)

bottom of page