top of page

Françoise Garbarini, depuis l'oubli

Photo du rédacteur: Jean-Marc AdolpheJean-Marc Adolphe

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Man Ray, Montage de négatifs,1932. Collection Centre Georges Pompidou


Personne ne connaît Françoise Garbarini, et pour cause : un indéniable souffle poétique, passé par la "folie", mais totalement inédit. Les humanités réparent aujourd'hui cet oubli majeur, en commençant par un récit-document, dans lequel Françoise Garbarini évoque le séminaire de Félix Guattari, qu'elle avait pour mission de transcrire ; et un premier poème-nouvelle, dans les odeurs-bruits de Paris et de son métropolitain.


De Françoise Garbarini, la trace se perd. La trace, et même l'origine. Dates de naissance et de décès, inconnues. Pas même l'ombre d'une photographie. Reste une liasse de tapuscrits totalement inédits, que m'avait confiés sa nièce, Karine Garbarini. C'était en 2015, à Lille, il y a tout juste dix ans. J'avais fait halte chez Karine Garbarini pour préparer un atelier Refaire le monde (voir ICI) dans le Nord. Je me suis attardé. Karine m'avait parlé de son travail photographique avec les Rroms à Lille (voir ICI), de son désir de pouvoir l'exposer. Et puis, peu avant de partir, Karine m'a demandé si j'avais des contacts dans le milieu de l'édition. Ce n'était pas pour elle, mais pour sa tante, Françoise Garbarini, donc, qui lui avait légué avant de mourir ces fameux tapuscrits. Une écriture, un souffle, me suis-je dit tout de suite en lisant cette poignée de textes. Mais d'éditeur, nous ne trouvâmes point. Et la relation avec Karine s'est arrêtée deux ans plus tard, en 2017 : une saleté de cancer l'a emportée, bien trop jeune. J'ai tenté d'en savoir un peu plus sur Françoise Garbarini. Des séjours en psychiatrie, à la fin des années 1960, à la clinique de la Borde, fondée par Jean Oury (on trouve son nom au générique d'un documentaire d'Abraham Segal, Hors les murs, tourné entre 1982 et 1985). C'est là qu'elle rencontre Félix Guattari. En 1987, le premier numéro de la revue Chimères (fondée par Deleuze et Guarttari) comporte un texte de Françoise Garbarni, "Enquête ou les aventures de Mouchablé", le seul à ma connaissance qui ait jamais été publié. Auparavant, dans les années 1970, elle aurait travaillé comme opératrice de saisie, c'est elle qui aurait introduit les fameuses "notes de la claviste", mais je n'ai pu en avoir confirmation.

"Notes de la claviste", c'est en tout cas le titre qu'elle donne à un texte du 13 décembre 1983, sur le séminaire de Félix Guattari, qu'elle avait visiblement pour mission de transcrire. A la suite de ce premier texte, nous publions aujourd'hui un premier poème-nouvelle (ou nouvelle-poème). La suite demain... Depuis 2015, je ne savais que faire de ces textes inédits. Puissent-ils trouver ici l'écrin qui permette à Françoise Garbarini de sortir de l'oubli. Jean-Marc Adolphe


Félix Guattari en 1976 ou 1977, à l'époque de la radio pirate Radio Alice.


Françoise Garbarini, Notes de la claviste

(Le séminaire de Félix Guattari, 13/12/1983)


Le séminaire de Félix Guattari. Enregistrer, décrypter, remettre en bon français, taper à la machine, faire des photocopies. Voilà ce qui me fut proposé un jour de décembre 1980. J’exultai, j’acceptai. Dans ma chambre de bonne au septième étage d’un immeuble du boulevard Raspail, je passai plusieurs nuits blanches à traquer un sens, des nuances, une clarté à ces phrases abstraites qui semblaient s’adresser directement à moi. C’était Noël, j’étais seule et sans eau courante mais je m’en foutais. Le soir du réveillon, j’allai voir un film de Stanley Kubrick où il y avait un labyrinthe, de la neige, un enfant, la folie et la mort. Je grignotais un sandwich à la sortie mais j’avais une boule dans la gorge et je remontais vite mon escalier de service pour terminer ce long travail. Mon travail ! Enfin j’ai un travail ! Les marches me semblaient moins rudes à monter, les murs de ma mansarde moins étroits, les fissures du toits moins menaçantes.


Félix, je l’avais bien connu au temps de ma folie en 65 à La Borde. Pendant sept ans, je l’avais croisé dans les sentiers, à la cuisine, dans les salles à manger. Je l’aimais bien parce qu’aux fêtes et aux spectacles que nous donnions souvent dans la grande selle, il riait et applaudissait de bon cœur, sans réticence ni charité. Au S.C.A.J (Sous Commission des Activités Journalières), tous les midis, il savait donner la parole aux délires et susciter des projets d’animation assez grandioses. Entre temps, des livres de lui étaient sortis, avaient eu du succès, mais je ne parvenais pas à l’imaginer à Paris, faisant un séminaire.


J’étais un peu essoufflée quand, un soir à 19h, je sonnai au troisième étage de la rue des Quatre-vents, encombrée par mon paquet de textes.

Félix m’ouvrit, me déchargea.

Je traversai un couloir, une petite pièce avec un bureau et débouchai dans le salon où déjà quelques personnes discutaient entre elles.

Je fus d’abord très embêtée parce qu’il n’y avait pas de chaises et j’hésitais sur le canapé où m’asseoir. Je voulais avoir l’air naturel mais c’était un handicap de plus. Je ne sais plus comment dans un brouhaha qui m’assourdissait, je parvins à vendre mes textes, puis à installer le magnétophone. L’argent pleuvait à droite et à gauche, il fallait cacher ma joie et j’en étais incapable. Soudain le silence se fit. Félix s’installa près d’un tableau blanc. Il avait une chaise lui et le séminaire commença.


Dans un premier temps, ce fut horrible : je ne comprenais rien. Rien à voir avec ces phrases qui me parlaient dans ma mansarde, que j’arrêtais, reprenais à mon gré, au gré du magnétophone et de ma vitesse. Je me dis : tout le monde va s’apercevoir que je ne suis pas. Je regardais les autres : très attentifs, certains prenaient des notes et tous semblaient au courant. J’eus envie de rire car je me demandais s’ils n’étaient pas tous en train de faire semblant.

J’avais chaud, je m’inquiétais du moment où il faudrait changer la cassette. Je n’osais regarder ma montre. Alors, je décidai, faute de comprendre, de voir et d’observer.

La pièce était vaste et ses murs tapissés de photos, dessins, affiches. Certains se reflétaient dans le miroir et c’était d’autant plus fascinant qu’on distinguait mal les contours. Face à moi, un piano. Sur le canapé le plus large débordaient de gros coussins dorés et quelques personnes étaient dessus à même le sol. Cela faisait un peu Mille et une nuits et j’espérais bien que Félix par son inventivité répétée saurait échapper au châtiment mortel de l’aube. Voilà, il était condamné en quelque sorte à nous faire ces exposés, sa vie était en jeu, ce n’était donc pas sa faute si je ne comprenais pas.


À première vue, ce qui régnait ici semblait une relation maître/disciples. Par instants, je m’y laissais prendre, et certaines interventions semblaient le corroborer, tant elles paraphrasaient l’exposé du maître de céans. Pourtant c’était plus compliqué, je m’en aperçus rapidement. Car il y avait aussi de multiples relations invisibles à l’œil nu, entre les auditeurs ici présents. D’ailleurs Félix faisait tout pour briser la passivité de chapelle, exhortant chacun à faire un exposé, à prendre la parole, à ne plus être dépendant de la sienne. Ce qu’ils firent. C’était un travail en commun, une recherche aux dimensions multiples.


Je connaissais déjà quelques-uns, quelques-unes des personnes qui participaient. C’étaient des souvenirs très anciens des temps glorieux du Réseau International d’Alternative à la Psychiatrie, des Cahiers pour la Folie, ou plus récemment de Radio Tomate. Le collectif de psychiatrisés Trames, qui absorbait beaucoup de ma vie et de mon temps avait été crée avec Alain, Danielle et Jean-Claude qui gisaient là, dans cette pièce transformés par les discours abstraits parcourant l’air. En fait je ne reconnaissais plus personne, quelque chose avait été bouleversé, je devais tout réinventer de ma perception des autres.


Et brusquement ce fut visible : plusieurs lignes de lumière en pointillés dessinaient l’espace de l’un à l’autre, de l’une à l’autre, s’entrecroisant dans un réseau extraordinaire. Elles s’éteignaient, se rallumaient dans une autre direction, c’était terrible tout ce que j’apprenais ainsi. Je n’en revenais pas ! Comment elle ! reliée si impunément à ce visage hautain et recueilli. Et lui ! Qui eût cru ! Les réseaux ainsi dénoncés n’étaient pas seulement de couples traditionnels et c’est cela qui m’émerveillait. Mais ici l’obligation de réserve m’incite au silence et d’ailleurs je dus arrêter assez vite ce jeu de la vérité rayonnante car mes pupilles s’irritaient, les paupières me brûlaient. La vérité était aveuglante. Elle crevait mes yeux.

Les mains de Félix, dans leur danse folle sur fond de tableau blanc, me parurent comme détachées de son corps, accomplissant quelque chose pour elles-mêmes, libres et perdues à la fois.

Quelque chose bougea. C’était Félix qui s’était levé de sa chaise et se dirigeait vers le tableau blanc. Il prit un marqueur, le rejeta, en prit un autre et sautillant d’un pied à l’autre, se retournant brusquement face à nous, dessina un schéma des plus complexes. Et le miracle se produisit en moi. Ce que j’avais cru ne pas comprendre s’éclaira alors au fil des traits, lignes, points et carrefours. Cela était devenu vivant, je suivais, j’avais suivi, j’étais au courant !


Les mains de Félix, dans leur danse folle sur fond de tableau blanc, me parurent comme détachées de son corps, accomplissant quelque chose pour elles-mêmes, libres et perdues à la fois.

Mais cette fois quand il reprit le fil de son exposé, je ne dérivais plus en solitaire. Un mot m’avait frappée, qui revenait souvent : les agencements. Je constatais qu’il parlait aussi de la folie, mais pas comme d’un phénomène exclusif et surtout, ce qui rejoignait mes certitudes les plus profondes, sans l’enclore dans une chaîne de causalité linéaire. Tout cela se rattachait à ma vie, au projet de Trames, aux sillons les plus labourés et ensemencés de ma pensée.


Pendant presque une heure je me laissai porter par ces phrases qui s’enregistraient à jamais sur la bande de mon petit magnétophone. Parfois j’avais peur : et s’il finissait, comme les autres, comme tous les autres jusqu’ici par s’enfermer dans son propre système. Mais non ! Une phrase, un mot rebondissaient et tous les possibles s’ouvraient à nouveau.

J’eus une impression étrange et qui me reste, quoiqu’inexplicable. À ces sommets de théorisation, et d’abstraction, je ne me sentais pas en processus idéaliste d’élévation. Mais ce qui ressortait intensément, c’est cette sensation presque physique de propreté. Un certain exercice de la pensée, ici même, me lavait. Cependant il n’y avait pas de scories. C’était un mouvement qui tendait vers l’infini renouvellement de soi-même, on se demandait même si cela pouvait s’arrêter un jour.

C’était un peu effrayant.


Dans ces latitudes-mêmes je voyais bien aussi l’énorme jouissance collective qui menait le jeu. Penser peut être un acte et le dire un orgasme. Parfois l’excitation était à son comble. Puis quelque chose retombait, laborieusement. C’est ce moment-là que Mony choisissait pour déballer sur la table ronde et blanche des bouteilles de Whisky, de coca et de jus d’orange. Il y avait aussi des cacahuètes, des noisettes, et c’était la

pause. On discutait alors de tout et de rien, du dernier film, de la prochaine émission de radio. Puis c’était le débat. Mony intervenait souvent et par la grâce d’un défaut de prononciation qui me donnait du fil à retordre quand je décryptais, il me promenait dans des terres lointaines où la langue est vitesse et l’espace rythme. Les autres se lançaient, faisaient eux aussi des exposés. Les thèmes les plus divers était abordés et développés : la thérapie familiale, le rêve, les esquimaux, le jeu d’échec, la charcuterie, etc. Parfois, très rarement, un silence glaciaire accueillait la fin de l’exposé. Je n’aimais pas beaucoup car j’y discernais une cruauté définitive et j’estimais que tout ce travail méritait bien une discussion.


Les femmes surtout avaient de la peine à se faire une place à part égale. Ce n’est pas nouveau. Mais c’est dommage. J’avais remarqué chez elles une certaine élégance difficile à définir mais qui n’était certes pas un hasard. Elles se battirent et peu à peu, dans que l’affrontement fut manifeste, nous firent plusieurs exposés très passionnants. Je n’oublierai jamais ce que l’une d’elles nous raconta des Aborigènes d’Australie, pour qui le

rêve est un travail et un territoire. Ce fut un de mes meilleurs voyages.


J’avais gagné un peu d’argent, suffisamment pour changer de logement et je m’installai dans un studio près de la rue Lepic. Là j’aimais mon quartier, ses marchés, ses commerçants et ses garçons de café, sa pègre et sa butte.

Je n’écrivais plus car j’avais cherché la limite des mots et du sens et je craignais bien de m’y être heurtée définitivement. Je ramassais des morceaux de bois dans la rue, à la scierie de la rue Constance, des plaques de verres, j’achetais des couleurs et je me mis à peindre. Mon studio était encombré de morceaux aux couleurs étranges, j’étais heureuse et je restais tout de même branchée sur le sens des mots et l’écriture une fois par mois quand je décryptais Félix. Parfois l’angoisse me prenait et le non-sens m’envahissait : y arriverai-je ? Cela signifiait un exil provisoire d’une semaine environ ou dix jours, entre mes quatre murs, ne voir personne, et me donner à fond à ces guirlandes de phrases dans de rudes et longues journées de travail.


Taper à la machine était le plus déconcertant. Je passe sur les maux de dos et de reins qui s’ensuivent et me jettent, dolente, sur mon lit. Non, ce qui était scandaleux, c’était cette déconstruction signe par signe d’une pensée cohérente. L’automatisme n’est pas une évidence et c’est dangereux de devenir une machine. Mais ce qui me ravissait, c’était ce travail, tout en finesse, qui consiste à transformer un langage parlé en langage écrit sans en trahir la moindre nuance. J’aimais cela. Je l’aime encore. Reproduire les schémas, les clarifier m’enchantait aussi, car ils avaient eu tant d’importance pour moi.


Enfin quelle joie quand tout était terminé et que j’allais dans une boutique du sixième faire des tirages photocopiés. Là régnait une machine digne des Temps Modernes de Chaplin, qui reproduisait, classait et agrafait. Les exemplaires photocopiés étaient presque plus beau que l’original. Et surtout deux jeunes garçons, très grands et beaux comme des dieux, m’accueillaient avec un sourire sybillin de reconnaissance quand je leur lançais d’une voix autoritaire, en sortant mon chéquier : « Tarif thèse, s’il vous plaît. »


Jusqu’ici les mardis soirs, j’étais restée muette durant tout le temps que durait le séminaire. Mais il m’en coûtait et j’avais de plus en plus le désir d’intervenir, de poser mille questions. Par exemple pourquoi, tous les soirs à 23h40, sous ma fenêtre et dans ma rue, passait un cheval ponctuel, claquetant ses sabots d’Est en Ouest sur les pavés humides. Oui, pourquoi ?


En fait, un jour, Félix fit un tour de paroles en nous demandant quels sujets nous aimerions traiter. Je pensais chaque jour à la mort, à cette transformation en matériel, et ici me semblait-il on n’y pensait pas ou du moins on parlait comme si cela n’existait pas. Je demandai donc qu’on parlât de ma mort ici et bientôt. Deux personnes se proposèrent et mon cheval de 11h du soir cessa de passer dans ma ruelle. Je dormis mieux. J’eus moins de mal à vivre.

Le réel, ça me tarabustait. Et un jour, au détour du boulevard Raspail et du boulevard Saint-Germain, à Bac-Saint-Germain pour être précise, je compris. Pour être bien dans sa vie, il fallait une distance entre le réel et soi.

Lorsque je sortais des séminaires j’étais enrichie et je me payais toujours un taxi. Mais pour m’y rendre, j’étais accoutumée au 68, un autobus fabuleux, un vrai transport en commun. À l’arrêt, place Blanche, je le guettai fébrilement et m’arrangeai toujours pour grimper avant tout le monde. Mon cœur battait. Ma place était-elle libre ? Oui, grâce aux dieux, et je m’installai, rayonnante, juste derrière le chauffeur dans un fauteuil individuel. J’avais alors l’impression de conduire cet énorme insecte à travers la ville et les carrefours ; je ralentissais, j’accélérais et surtout je pensais. Par bribes. Une pensée à la fois. Et je l’approfondissais au prochain parcours. C’était toujours une question. Parfois elle me fulgurait. Je cherchais une morale pratique, un mode d’emploi car il me fallait vivre et pour moi ce n’était pas évident. Très difficile même. Le réel, ça me tarabustait. Et un jour, au détour du boulevard Raspail et du boulevard Saint-Germain, à Bac-Saint-Germain pour être précise, je compris. Pour être bien dans sa vie, il fallait une distance entre le réel et soi. On ne pouvait pas vivre le nez dans le réel, car alors il s’abolissait ou vous engloutissait, ce qui est la même chose. Mais quelle est la bonne distance ? Est-elle variable ? Je poserai la question au prochain séminaire, décidai-je et apaisée, je continuai mon parcours.


Je ne la posai pas, mais je conçus le projet d’écrire ce petit texte et de le lire un mardi soir, comme

les autres, parmi les autres. La nuit même je fis un rêve : je marchais dans la froidure d’une route de campagne. Mes pieds étaient lourds, la route déserte. La nuit tombait. Je m’arrêtai devant une ferme très modeste qui ne comprenait qu’une salle. J’étais devant chez Félix. Je poussai une lourde porte de chêne : assise devant une table rurale une jeune fille aux cheveux courts vomissait. La table n’était nullement tachée par ses vomissures, intacte, et c’était beau. Je dis bonjour et me réveillai.


Les séminaires de Félix, agencement ou univers ?


Françoise Garbarini


Pour l'espace

(poème-nouvelle inédit, non daté - années 1980)

 

Rencontré drôle d'odeur, cette nuit au quartier.

Entre l'Ancienne Comédie et la rue des Arts.

Intriguait trop. Ne pas lâcher d'une aile.

Odeur - bruit. A suivre. Jusqu'où ?

 

C'est parti d'un restaurant affiché grec, à  l'issue du passe -plat,

où pénétrer dans la dimanche soirée s'imposait, pour la graille, absolument.

C'était penché dans les effluves résinées mais pas noyé.

Odeur - fille. C'était posé dans une bruisse de cheveux crépus.

Couleur presque même, décide pour un camouflage.

ça  bouge. Je suis.

 

On se mêle à des voix qui chantent, argentines ou colombiennes, sans chapeaux :

l'odeur - bruit sourit, la main ne quête pas.

Pour l'espace.

On dégrouille.

 

Carrefour foule. Ca dénivelle à Odéon, dans le souterrain métropolitain ; j'accroche sur mon odeur qui va s'appuyer au carrelage mur glisse ....

Odeurs musiques s'en mêlent ; mais la mienne, c'est autre chose, je ne peux lâcher ni perdre. Son support - corps fait mine de ne plus bouger, d'attendre.

Il y a l'espace et les objets. Le même ventre des guitares.

Les passages pressés d'une main blancassée  agrippent à p'tite valoche,

à sac. Possédés. Trois visages indiens murent du silence beau traître,

mon odeur fixe.

 

Un arabe lui montre son cabas et prononce : "café" et prononce : "monnaie".

Elle fixe trois ou quatre choses dans le même ventre : les visages indiens, l'œil borgne et le balai d'un cheveu crépu, son semblable, nylon blouse bleue, mali.

Il y a des mots : "pour -  musique  -  non  -  peux  -  pas  -  travail  -  demain  -  matin  - où ça  -  faut  -  vas-y  -  te  -  bien".

Moi, les mots m'échappent,  j'agace un peu ; deux vieilles femmes rétrécies, à l'orée des guichets, répètent un curieux manège, s'ignorant l'une l'autre pour de faux. Pas de pitié, pas de deux, tire la valse vers quelle pocket.  Age de pique.

 

Alors on remue vers la rame ; ça se raidit sur la tête de mon odeur quand on passe crâne sans ralentir par le compostage automatique près d'un gras bleumarine mâle avec pistolet assorti au cuir du ceinturon. Le métropolitain débouche : vibrations maisons ! Avant qu'on s'y referme,  je vois que les indiens aussi dégagent la ligne d'en face.

 

C'est là que je suis dans le crépu camouflage de l'odeur - bruit, négligeant les aisselles habituelles parce que j'ai les élytres en tremble et que le mâle d'uniforme décroche à l'angle des nommeurs. C'est là que je suis.


Françoise Garbarini


(d'autres inédits à venir dans les prochains jours...)

 

Parce que vous le valez bien, les humanités ce n'est pas pareil. Nous avons fait le choix d'un site entièrement gratuit, sans publicité, qui ne dépend que de l'engagement de nos lecteurs. Dons (défiscalisables) ou abonnements ICI

Et pour recevoir notre infolettre : https://www.leshumanites-media.com/info-lettre

Opmerkingen


nos  thématiques  et  mots-clés

Conception du site :

Jean-Charles Herrmann  / Art + Culture + Développement (2021),

Malena Hurtado Desgoutte (2024)

bottom of page