
Illustration pour "The Four Horsemen", du groupe Metallica (dans l'album Kill 'Em All, 1983)
Comme des poupées russes : l'alliance trumpo-poutinienne qui se dessine, sur de dos de l'Ukraine et de l'Europe, cache d'autres enjeux. La stupéfiante intervention du vice-président J.D. Vance lors de la récente Conférence de Munich nous fait comprendre combien est arrivée à maturation cette idéologie qui se dit soit libertarienne, soit libérale, et dont le but est d'en finir avec toute représentation démocratique. Voici donc venu le temps du capitalisme sans et contre la démocratie, avertit l'historien Quinn Slobodian. Allons-nous survivre en portion congrue d'humanité, ou bien refuser l'asservissement aux despotes et à leurs amis oligarques ?, par Michel Strulovici.
Et en complément, nous publions la traduction d'un discours du ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, en réponse à J.D. Vance
« Il ne peut pas y avoir de crise la semaine prochaine: mon agenda est déjà plein. »
(Henry Kissinger)
Dans les années cinquante, il y a des siècles de cela, mon groupe d'amis et moi-même aimions chanter à gorge déployée cette virulente Jeune Garde dont le couplet final annonçait l'âge d'or :
« Nous n'voulons plus de guerre
Car nous aimons l'humanité.
Tous les hommes sont nos frères.
Nous clamons la fraternité.
La république universelle.Empereurs et rois, tous au tombeau.Tant pis si la lutte est cruelle.
Après la pluie, le temps est beau. »
La lutte s'avéra plus que cruelle, atroce. Et malgré l'immensité des souffrances, le temps d'aujourd'hui n'est pas ensoleillé. Il pleut du sang sur tous les continents.
En un siècle de révolutions, de contre-révolutions, de luttes d'émancipation et de retour à l'enfermement, de droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et d'obligation des peuples à se taire, voici l'arrivée d'un néo-nazisme deux points zéro, comme si le système totalitaire, et celui-ci en particulier, était au cœur de notre modernité. Comme si la démocratie, le rêve d'égalité et de justice n'étaient que chimères.
Que pouvons-nous faire pour espérer de nouveau ? Partout dans nos vieilles démocraties, les alliés d'extrême droite de Poutine et de Trump-Musk sont à deux doigts du pouvoir. Ils l'occupent déjà à Budapest, en Slovaquie, en Italie, demain peut-être en Allemagne. Dans cette situation de périls immenses toute erreur d'analyse sera fatale. Nous sommes proches de ce retour en enfer que nous décrivait Aragon :
« Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés
Et l’enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles
Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d’idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou » (1)
Lire pêle-mêle, dans ce grand livre de notre histoire, ouvert à la page "massacres", les théories hallucinantes de Musk et des fanatiques russes Douguine et Malofeïev (2) nous pétrifie. Rajoutez à cet ensemble les foutaises des Fous de Dieu de diverses obédiences, la montée en puissance dans nos nations européennes du populisme, c'est à dire de l'appropriation du pouvoir par la démagogie, le mensonge, les fake news, la promotion de l'affect contre la raison. N'oubliez pas le moteur de toutes ces machines infernales qu'est la recherche du profit maximum, quelles qu'en soient les conséquences pour le vivant. Et vous avez là tous les éléments qui, conjoints, nous transportent vers la guerre mondiale qui sera, celle-ci, vraiment la der des der.
Il nous faut donc analyser nos erreurs et comprendre pourquoi nous en sommes là.
Bien sûr, nous vivons depuis longtemps dans un monde où la force principale qui affirmait s'opposer au capitalisme a implosé en vol. Je veux parler de cette tentative d'émancipation russe puis soviétique devenue dictature totalitaire, pétrifiant le marxisme, figeant l'analyse du réel en une doctrine avec mode d'emploi. Comme dans les constructions IKEA, il fallait suivre les recommandations à la lettre, sinon… Nous savons ce qu'il en fut. Le marxisme était devenu un vade-mecum, une sorte de Torah ou de Coran dont on répétait à l'envi les interdits, les proverbes et les recommandations comme autant de certitudes sacrées. Résultat de cette réification, comme l'affirma l'un des plus cyniques parmi les puissants, Warren Buffet : « La lutte des classes existe et nous l'avons gagnée ».
Il serait temps, donc, de réviser nos classiques et, peut-être, de reprendre le fil conducteur des générations militantes dont nous sommes issues. C'est-à-dire, comment renouer avec ce désir d'émancipation qui a transcendé tant d'hommes et de femmes ? Et comment ne pas le transformer en son terrifiant contraire ? Comment faire pour que le cauchemar prémonitoire de La mort de Danton, cette pièce de Georg Büchner où les deux protagonistes de la Révolution française s'affrontent, ne s'accomplisse ? (3) Comment faire pour empêcher ces terribles et constants retournements de l'histoire des révolutions ?

Le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, s'exprime lors d'un rassemblement contre les politiques du président Donald Trump et d'Elon Musk devant le Capitole à Washington, le 12 février 2025. Photo Jose Luis Magana /AP
Première des tâches : comprendre ce qui nous arrive.
À cet égard les humanités, parmi quelques autres, ont amorcé l'analyse. Je pense particulièrement au "Heil Trump" de Jean-Marc Adolphe (ICI), et au "Bullshit, post-vérité et médias sociaux" de Didier Epelbaum (ICI).
Aux lendemains de la cuisante défaite de Kamala Harris aux États-Unis, le sénateur Bernie Sanders avait avancé une explication du désaveu populaire de la candidate démocrate. Il soulignait la difficulté d'obtenir les suffrages de la classe ouvrière, qui souvent votait démocrate, quand la défense de ses intérêts avait tout simplement été absente, pendant un mandat présidentiel et au cours de la campagne.
Le vieux sage qui appelle les États-uniens à réagir vient d'analyser le séisme en cours, quelques semaines après l'arrivée au pouvoir de Trump et de Musk. De quoi ce couple est-il le nom, s'interroge-t-il ? « Je ne remercie pas souvent Elon Musk, mais il a fait un travail remarquable en montrant ce que nous soutenons depuis des années - et le fait que nous vivons dans une société oligarchique où les milliardaires dominent non seulement notre politique et les informations que nous consommons, mais aussi notre gouvernement et notre économie. »
Et Bernie Sanders de définir l'action de ceux qu'il appelle « nos rois modernes » : « À mon avis, ce que Musk et son entourage poursuivent agressivement n’est pas quelque chose de nouveau, ce n’est pas compliqué et ce n’est pas inédit. C’est ce que les classes dirigeantes, tout au long de l’histoire, ont toujours voulu et considéré comme leur appartenant de droit : plus de pouvoir, plus de contrôle, plus de richesse. Et ils ne veulent pas que les gens ordinaires et la démocratie se mettent en travers de leur chemin. Elon Musk et ses collègues oligarques estiment que le gouvernement et les lois ne sont qu’un obstacle à leurs intérêts et à ce à quoi ils ont droit. »
Pendant l'accomplissement de ce coup d'État, les affaires continuent et prospèrent, note encore le sénateur : « Elon Musk est plus riche de 138 milliards de dollars, Zuckerberg de 49 milliards de dollars et Bezos de 28 milliards de dollars. Si l’on additionne tout cela, les trois personnes les plus riches d’Amérique sont plus riches de 215 milliards de dollars depuis le jour de l’élection. » (4)
Le coup de force politique, économique, social, culturel, environnemental, qui atteint au cœur la démocratie américaine, s'étend de continent en continent et nous percute de front en Europe, convertissant au pire des consciences par millions. Comme le soulignait Fernand Braudel, cité par Didier Epelbaum (ICI) : « À chaque époque, une certaine représentation du monde et des choses, une mentalité collective dominante anime, pénètre la masse entière de la société. […] Les réactions d’une société aux événements de l’heure, aux pressions qu’ils exercent sur elle, obéissent moins à la logique, ou même à l’intérêt égoïste, qu’à ce commandement informulé, informulable souvent et qui jaillit de l’inconscient collectif. » (5)
Le capitalisme de l'apocalypse
La guerre menée par Poutine contre le peuple ukrainien sert de révélateur en Europe. Le discours du vice-président américain J.D. Vance lors de la Conférence de Munich sur la sécurité du 15 février 2025 nous fait comprendre combien est arrivée à maturation cette idéologie qui se dit soit libertarienne, soit libérale et dont le but commun est d'en terminer là avec toute représentation démocratique. Et en tout premier lieu, avec le système de régulation de l'État de droit qui freinerait l'expansion du profit maximum. « Le renard libre dans un poulailler libre », voici à quoi se résume, depuis si longtemps, la pensée libérale.
Le professeur d'histoire du néo-libéralisme à l'université de Boston, Quinn Slobodian, vient de publier le 24 janvier dernier aux éditions du Seuil un ouvrage intitulé Le capitalisme de l'apocalypse. L'éminent professeur nous raconte le monde bouleversé d'aujourd'hui avec son foisonnement de paradis fiscaux, de ports-francs, de cités-États, d'enclaves fermées et de zones économiques spéciales.
« Ces nouveaux espaces, libérés des formes ordinaires de réglementation, de taxation et d'obligations mutuelles, perforent la carte des pays. Là, les fanatiques de l'ultra-capitalisme échappent au pouvoir des gouvernements et au contrôle démocratique. C'est ce monde, composé de trous, d'aspérités et de zones grises » décrit par Quinn Slobodian que les "libertariens" comme Musk, Friedman et Peter Thiel veulent prendre comme modèle et développer partout. En ce sens, le coup d'État en cours à Washington fait partie du processus. Voici donc venu le temps du capitalisme sans et contre la démocratie, nous avertit Quinn Slobodian.

Le vice-président des États-Unis, J. D. Vance, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 14 février 2025.
Photo Matthias Schrader / Keystone
Au cours de la conférence de Munich, les envoyés spéciaux, souvent spécieux, de Trump-Musk, sans prendre de gants, ont tenté de mettre au pas l'ensemble des sociétés et États du vieux continent qui ne les ont pas encore ralliés. Croyaient-ils ainsi ressusciter le Munich de 1938 ?
Nous savons la tension qui a présidé à ces réunions où le vice-président américain J.D. Vance pratiqua la diplomatie du revolver sur la tempe à l'égard de ses supposés alliés.
En brandissant un document prêt à signer, le vice-président J.D. Vance impose le chantage comme méthode de discussion.
Je ne veux ici m'arrêter que sur un des aspects de ce qui s'apparente à une tentative de vassalisation de l'Europe par Washington. Il s'agit de l'incroyable tentative d'extorsion des terres rares ukrainiennes. En brandissant un document prêt à signer, le vice-président J.D. Vance impose le chantage comme méthode de discussion. Paraphez ce texte, Zelensky, sinon nous braderons encore plus d'Ukraine à Poutine ! Avec de tels "alliés", nul besoin d'ennemis. Cette tentative de braquage en bande organisée rappelle étrangement l'époque des débuts de la colonisation occidentale en Afrique et en Asie. Je pille tes richesses, tu passes sous mon giron et tu la fermes, tel est le deal !
Cette manière d'exercer le pouvoir en dit long sur la nature profonde du régime impérialiste et néo-fasciste deux points zéro qui s'installe à Washington. Trump n'annonçait-il pas dès son gros cul installé dans le fauteuil du bureau ovale qu'il allait s'approprier le Canada, le Groenland, le canal de Panama et… Gaza ?
Poutine et ses oligarques, Trump et les siens voient le monde d'une façon homothétique : des Empires entourés de vassaux, négociant et s'affrontant sans fin comme dans un remake de la saga de George Martin, Game of Thrones, série TV qui connaît un énorme succès mondial.

Photo de famille des dirigeants des BRICS en marge du 10e Sommet des BRICS sur le thème "Les BRICS en Afrique :
Collaboration pour une croissance inclusive et une prospérité partagée dans la quatrième révolution industrielle",
Sandton Convention Centre, Johannesburg, 26 juillet 2018. (Photo DIRCO)
Mais il y a eu un fait notable dans ce qui s’est passé à Munich. Contrairement à 1938 où l'on vit Daladier et Chamberlain signer un accord avec Hitler pour dépecer la Tchécoslovaquie ; en 2025, ni la France, ni ses alliés européens n'imposèrent au Président Zelensky qu'il signe le deal trumpiste d'auto-expropriation de son territoire. Cette digne réponse s'annonce comme la seule note d'espoir dans cette tragédie. Elle nous montre la voie à suivre dans ce marchandage en cours, en Ukraine comme ailleurs. Mais saura-t-elle s'organiser pour résister à ce qui s'annonce cette semaine en Arabie Saoudite, où les ministres des affaires étrangères russe et américain se rencontrent ? En l'absence de responsables ukrainiens ! Riyad 2025 ressemblera-t-elle à Munich 1938 ?
Incidemment, je prends le risque ici d'annoncer la prochaine mise en sommeil de l’alliance des BRICS (6) avec prévisible tumulte en coulisses lors de leur future réunion de Rio de Janeiro, les 6 et 7 juillet 2025. Car je ne vois pas comment le Brésil de Lula, par exemple, pourrait continuer son alliance avec Poutine, alors que celui-ci s'accorde avec Trump sur le dépeçage du monde et les échanges inégaux. Il faudra aussi voir quelle sera la position de l'Afrique du Sud...
Cette conférence de Munich, comme toutes les mises en scène de Trump-Musk, revivifie comme jamais la définition de Marx et d'Engels, émise en 1847, sur la nature de la société capitaliste :
« Partout où la Bourgeoisie a conquis le pouvoir, elle a foulé au pied les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses "supérieurs naturels", elle les a brisés sans pitié, pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant". Elle a noyé les frissons glacés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. » (Manifeste du Parti communiste)
Comment retrouver notre humanité et la dignité qui s'y rattache ?
L'indépendant Bernie Sanders, le plus ancien des sénateurs américains, proche du parti Démocrate, trace la voie du renouveau des États-Unis. Rejetant la manière "woke" d'orienter et séparer la société, il indique dans la déclaration déjà citée : « La plus grande crainte de la classe dirigeante de ce pays est que les Américains - noirs, blancs, hispaniques, urbains et ruraux, homosexuels et hétérosexuels - se rassemblent pour exiger un gouvernement qui nous représente tous, et pas seulement une poignée de riches. »
En proposant ce rassemblement, Bernie Sanders s'appuie sur les résultats de la récente enquête de Data of Progress (7) sur le retour de Trump au pouvoir et son partenariat avec Musk. Cette enquête montre déjà une chute notable de la cote de popularité de Trump (-5 %) et de Musk (-13 %). Il est remarquable également que dans ce sondage, 73 % des Américains estiment que les milliardaires, et les PDG en général, ont trop d'influence sur les décisions du gouvernement fédéral.
À partir de ce constat et de cette évolution de l'opinion, le rassemblement du tous contre quelques-uns trouvera-t-il son chemin politique et culturel ?
Ce qui est valable pour résister à la descente aux enfers aux États-Unis pourrait-il éclairer les voies du renouveau en France et en Europe ?
Serions-nous, l'Europe démocratique et nous-mêmes, à la croisée des chemins ? Dans cette direction, le choix peut s'exprimer ainsi : dans un sens, survivre en portion congrue d'humanité ou, dans l'autre, refuser l'asservissement aux despotes et à leurs amis oligarques et assumer notre destin humaniste.
Il est des semaines plus cruciales que d'autres dans l'histoire.
Michel Strulovici
NOTES
(1). "Un jour, un jour", Le Fou d'Elsa, 1963.
(2). Voir Jean-Marc Adolphe, "Musk et Douguine-Malofeïev, artificiers de la 'guerre hybride'", les humanités, 4 janvier 2025 (ICI).
(3). Dans La Mort de Danton, écrit par Georg Büchner en 1836, les deux protagonistes de la Révolution française s'affrontent. Chacun défend une conception et une finalité différentes de la rupture en cours. À la fin de ces quatre jours de joutes et d'expression de désaccords profonds, Danton est condamné à la guillotine par ses ex-amis et rivaux révolutionnaires.
(4). Voir la reprise par l'hebdomadaire Regards du 5 février 2025 d'une intervention de Bernie Sanders sous le titre : "Bernie Sanders redonne l'envie d'avoir envie". L'intervention de Bernie Sanders a été publiée sur YouTube le 12 février 2025 sous le titre "Oligarchs Are Our Modern Day Kings" (http://bit.ly/431dTFa).
(5). In Grammaire des civilisations. Fernand Braudel en 1987 reprend là le Marx de 1845 qui dans L'idéologie allemande souligne : « À toute époque, les idées de la classe dominante sont les idées dominantes; autrement dit, la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est en même temps la puissance spirituelle dominante. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose en même temps, de ce fait, des moyens de la production intellectuelle, si bien qu'en général, elle exerce son pouvoir sur les idées de ceux à qui ces moyens font défaut. Les pensées dominantes ne sont rien d'autre que l'expression en idées des conditions matérielles dominantes, ce sont ces conditions conçues comme idées, donc l'expression des rapports sociaux qui font justement d'une seule classe la classe dominante, donc les idées de sa suprématie. »
(6). Les BRICS aujourd'hui regroupent dix pays qui se réunissent en sommets annuels : le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine, l'Afrique du Sud, l'Iran, l'Égypte, les Émirats arabes unis, l'Indonésie et l'Éthiopie. Les dix pays des BRICS représentent en janvier 2025 près de la moitié de la population mondiale et 35 % du produit intérieur brut mondial en valeur courante, contre 44 % pour les pays du G7 (Source Wikipedia).
(7). Enquête du 31 janvier au 2 février 2025. Data of progress est un groupe de réflexion américain de gauche, une société de sondage et un groupe de défense politique.
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En complément
Boris Pistorius : « Nous combattons pour que tu puisses être contre nous »

Boris Pistorius. Photo Julian Stratenschulte/dpa/picture-alliance
Début du discours de Boris Pistorius, ministre allemand de la Défense en réponse à J.D. Vance, vice président des États-Unis le 14 février 2025 (Conférence de Sécurité à Munich).
J'avais préparé un discours pour notre assemblée d’aujourd’hui, un discours sur la sécurité en Europe. Pour être honnête, je ne peux pas le commencer de la façon que j'avais initialement prévue.
Je suis un fervent défenseur de l'Alliance transatlantique, un de ses défenseurs convaincus. Je suis un grand ami de l’Amérique. L’american dream m'a toujours fasciné et influencé. C'est pourquoi je ne peux pas tout simplement poursuivre l’ordre du jour. C’est pourquoi je ne peux m’abstenir de commenter le discours que vient de prononcer le vice-président des Etats Unis.
« Nous combattons pour que tu puisses être contre nous » c'est la devise de notre Bundeswehr et elle convient aussi pour notre démocratie, cette démocratie qui vient d'être remise en question pour l’ensemble de l'Europe par le vice-président américain. Il parle d’annihilation of democracy et, si j’ai bien compris, il compare la situation dans certaines parties de l'Europe à celle qui prévaut dans les régimes autoritaires.
Mesdames et Messieurs, ce n'est pas acceptable, ce n'est pas l'Europe, ce n'est pas la démocratie où je vis et où je mène ma campagne électorale en ce moment. Ce n'est pas la démocratie dont je suis témoin tous les jours dans notre parlement. Dans notre démocratie, chaque opinion a une voix et cela rend possible à des partis extrémistes tels que l'AfD de faire campagne comme n'importe quel autre parti. C’est cela la démocratie.
(Applaudissements)
Si le vice-président avait allumé sa télévision à son arrivée hier soir, il aurait vu la principale candidate de ce parti en prime time à la télévision allemande. Dans nos conférences de presse, nous autorisons la présence de media qui propagent la propagande russe et les représentants du gouvernement fédéral doivent répondre à leurs questions : nous n’excluons personne. Mais la démocratie ne signifie pas que la minorité qui est tout sauf silencieuse a automatiquement raison ni qu’elle décide de ce qu'est la vérité. La démocratie doit pouvoir se défendre contre les extrémistes qui tentent de la détruire.
Je vous le dis tout net, je suis heureux, reconnaissant et fier de vivre dans une Europe qui défend chaque jour ces démocraties, nos façons de vivre en liberté, contre ses ennemis de l’intérieur et de l’extérieur.
[Applaudissements]
Pour cela, je m'oppose énergiquement à l'impression que le vice-président Vance a donnée dans notre démocratie les minorités sont opprimées ou réduites au silence. Nous savons non seulement contre qui nous défendons nos pays, mais aussi pourquoi : la démocratie, la liberté d'opinion, l'État de droit, pour la dignité de chacun, Mesdames et messieurs.
(traduit de l'allemand par Isabelle Favre pour les humanités).
A propos du discours de Vance à Munich : ce n’est pas un hasard si la Roumanie était dans son collimateur. Les USA aimeraient en effet que deux Américains accusés (entre autre) de trafic d’êtres humains puissent quitter le pays :
one of the latest acts of informal advocacy from the Trump administration has American representatives abroad pushing the Romanians to lift restrictions their courts have placed on accused human trafficker Andrew Tate and his brother, fellow accused human trafficker Tristan Tate.
According to the Financial Times:
The Tates’ case was first brought up by US officials in a phone call with the Romanian government last week and then followed up by Trump’s special envoy Richard Grenell when he met…